Le sud

Pour cette rentrée, revenons un instant sur un grand moment des vacances !

S’il existe de nombreux posts listant les restaurants qui accueillent les enfants à bras ouverts, aucun ne donne la black list des restos « No children allowed ». Et pourtant, elle serait bien utile. Sauf qu’un seul article ne suffirait pas à les recenser tous. Car qu’on se le dise, le critère « Interdit aux enfants » n’est certes pas (encore) avouable, mais déjà bien mis en place par certains établissements.

Ce manque nous aura au moins permis de vivre en famille une expérience inédite et inoubliable : se faire virer d’un resto (français comme par hasard !), à Paros, jolie petite île familiale des Cyclades grecques, un 13 août…

Ok, lorsque l’on sort, le parfait ratio est biaisé : 2 adultes + 3 enfants. Nous sommes minoritaires. Mais, en plus d’un équipement de choc (un iPad par kid + casque + coloriages + sacs de bonbons), nous sur-consommons comme pour s’excuser de venir nombreux, mais pas aux normes : entrée, plat, dessert, deux bouteilles d’eau, une bouteille de vin…

Il est vrai que la mise en place est toujours un peu effrayante. On n’a pas le temps de s’asseoir que nous sommes assaillis de « maman, tu me passes l’iPad ? », « papa, où sont mes coloriages ? », « j’ai soif… ». Mais, en parents très hédonistes de trois enfants de 10 à 2 ans, nous avons tout prévu pour NOTRE confort et cela fait bien longtemps que nous avons baissé les armes devant toute éducation anti-écran ou anti-bonbons, surtout pendant les vacances. Car en fait, le point est bien là : nous sommes en vacances. A la maison, les enfants sont gentiment gardés par une baby-sitter dévouée. Mais, en vacances, on fait comment ? On ne dîne plus ? On reste cloîtré à l’hôtel au risque de déranger tout autant ? Disons que dotés d’un optimisme débordant et d’un sérieux matos, nous avons une fois de plus opté pour le dîner au restaurant… Ce qui, depuis dix ans que nous pratiquons cette tactique illicite, s’est, s’était, toujours bien passée.

Ce soir-là, nous réservons donc dans un restaurant français de Paros. Le Sud, pour ne pas le nommer, est tenu par deux charmants messieurs qui nous assurent une belle table pour cinq sur leur terrasse abritée… Charmants jusqu’au constat que sur les 5, il y avait 3 enfants ! Bassesse ! L’angoisse naissante à la vue de la poussette ! « Il y a peu de place pour la poussette… » T’inquiète l’ami, c’est une Yoyo, ça rentre même en cabine d’avion. Premiers regards appuyés du collègue, genre « Comment as-tu pu prendre une résa avec 3 enfants ?!!! ». Nous, sûrs de notre coup, passons notre large commande tout en sortant le matériel de professionnels et installant la marmaille.

Au premier cri du petit dernier à qui nous ne tendions pas assez vite le crayon vert (charmant petit garçon que nous avons là !), nous entendons un « Ah, ça ne va pas être possible ! »… Pas paranos pour deux sous, nous n’imaginons pas une seconde que ce sifflement nous est destiné. La terrasse est loin d’être complète. Quelques familles avec enfants plus âgés que les nôtres sont installées ou arrivent. On est loin de l’ambiance jet set ou romantico-luxueuse prétendue par les hôtes du lieu. Il est encore tôt. Courageux, mais pas téméraires, nous ne suivons pas les usages nocturnes des touristes en Grèce qui ne dînent jamais avant 22h. Il n’est que 20h45.

Après une mise en bouche un peu prétentieuse et évidemment délaissée par les enfants, nos plats arrivent. Deuxième cri de l’enfant qui se brûle avec ses « pommes de terre sautées maison » : deuxième sursaut et regard apeuré du maître de céans. Nous tendons un verre d’eau rafraîchissant, recalons le casque sur les oreilles et poursuivons notre dîner. Là, ce sont les deux grands qui commencent à parler un peu fort… Enfin à s’engueuler entre frère et soeur ! Nous les faisons taire, ce qui prend bien une ou deux minutes. Cela ne semble pas terroriser le reste de la terrasse. Bref, le dîner se déroule ainsi, ponctué de quelques cris vite maîtrisés et de discussions animées.

Seulement, au moment de commander les desserts et deux nouveaux verres de vin, notre serveur me chuchote à peine gêné : « Non, cela n’est plus possible, je vais vous demander de partir ! ». Abasourdie, je lui réponds : « vous plaisantez ?! »… Mais non, il ne plaisantait pas. On ne rentrait pas dans les critères de sélection avec nos enfants ! Nous nous sommes évidemment emportés, et avons quitté les lieux, mi-choqués, mi-amusés… Il ne fallait pas dramatiser davantage la situation devant les enfants. Ces adultes leurs avaient déjà donné une bien piètre image de ce que sont parfois les « Grands ». Ce manque de tolérance vis à vis de l’autre est effrayant au demeurant, et lorsqu’il est porté sur un enfant de 2 ans, cela frôle l’obscurantisme.

Ces gens-là nous auront au moins permis de bien rigoler avec les enfants tout le reste de l’été et dorénavant, lorsqu’ils commencent à déconner à table, on les menace de faire venir les messieurs du Sud !

Un conseil, si vous passez par Paros, ne vous attardez pas dans ce resto dont la qualité culinaire est relativement médiocre et prétentieuse, en revanche, si vous cherchez le Croque-mitaine des temps modernes, c’est THE spot !

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